
À l’extrémité de l’éperon rocheux qui sert d’assise au village actuel, devait s’élever, aux IXe et Xe siècles, un modeste château, sorte de tour de guet qui surveillait la vallée de l’Auzoue.
De ce premier manoir, il ne reste sans doute que les soubassements du château d’aujourd’hui. Le château, tel qu’il se présente de nos jours, «trahit des époques différentes». Il a été transformé, agrandi, restauré au cours des siècles par ses occupants successifs.
La partie la plus ancienne, c’est-à-dire la grande tour carrée (et la petite tour centrale munie de l’escalier à vis qui dessert tous les étages), date du XIIIe siècle (sur le mur nord, on peut voir un corbeau qui soutenait les latrines extérieures).
La construction adjacente à la tour carrée face à l’est date du XIIIe siècle. Elle garde une très élégante fenêtre à meneaux. La tour semi-circulaire date du XVIe siècle (la tour jumelle s’est écroulée le 26 décembre 1887).
Vendu aux enchères en 1965, le château est acquis par la famille Devedjian.
Sommaire :
• Notice de la base Mérimée, Ministère de la Culture
• Histoire du château de Courrensan sous l’Ancien Régime (1050-1838), texte de Patrick Devedjian
• 1887 : Effondrement de la tour droite, in : Courrensan jadis
Notice de la base Mérimée (base du patrimoine architectural du ministère de la culture)
Le château est mentionné dans un texte de 1337. Il appartenait à Bernard Trencaleon, très lié au roi Edouard Ier, ce qui expliquerait les analogies architecturales avec les constructions anglaises de l’époque. L’édifice présente un quadrilatère irrégulier délimitant une cour centrale dont le niveau est très élevé par rapport aux fossés. Les courtines subsistent jusqu’au niveau du chemin de ronde. Le mur d’enceinte est cantonné aux angles de quatre tours hexagonales et d’une quadrangulaire jouant le rôle de donjon. L’accès actuel se fait à l’ouest par un portail flanqué d’une échauguette carrée. Le second accès se faisait par un passage ménagé à l’est, à la base de la tour carrée, protégé à l’extérieur par une bretèche. A l’ouest et à l’est subsiste encore le chemin de ronde, masqué en partie par une volière édifiée en 1902. La partie sud-ouest, habitée, conserve des papiers peints de style Troubadour. Cet édifice est un condensé de tout ce qui se faisait sur le plan architectural au Pays de Galles à cette époque.

Histoire du château de Courrensan sous l’Ancien Régime (1050-1838)
par Patrick Devedjian
Le Moyen Âge
C’est dans le cartulaire de Saint-Mont[1] que le nom de Courrensan apparaît pour la première fois. Le couvent de Saint-Mont fondé en 1050, donné à l’ordre de Cluny en 1055, bénéficiait de plusieurs donations à Courrensan que mentionnent différentes chartes.
Il en ressort que, dès 1062, c’est le comte Odon de Lomagne qui est le suzerain de Courrensan. Il est le frère du comte Bernard d’Armagnac. Le fief de Courrensan est tenu par un abbé laïc, Fort-Garcia appartenant à la maison de Sion-Luppé.
D’après l’historien Monlezun[2], les abbés laïcs étaient fréquents en Béarn et étaient appelés ainsi parce qu’ils possédaient une partie des droits, biens, rentes ou dîmes qui avaient à l’origine appartenu à des monastères.
Il est probable qu’il y avait à Courrensan un petit établissement religieux nommé « grange » et qu’un cadet de la maison de Sion-Luppé, connu sous le nom de Garcia-Loup, a acquis vers 1040 une partie de ce qui n’était alors que le fief de Lalanne et qui est mentionné dans le cartulaire de Saint-Mont.
Une ferme où se trouvait une église antique, aujourd’hui disparue, porte toujours le nom de Lalanne et elle est voisine de celle du Glézia dont le toponyme indique habituellement une origine antique.
Vers 920, le duché de Gascogne avait été divisé par Garcia-Sanche, dit le Courbé, entre ses trois fils : le Fezensac est revenu au second, Guillaume-Garcia. Ce dernier, après un nouveau partage, vers 965, transmet à son fils aîné, Odon, un Fezensac plus petit auquel Courrensan appartient, bien que sur les limites[3].
Le premier fils de Garcia-Sanche le Courbé, Sanche IV-Garcia, duc de Gascogne, eut sept enfants, et le troisième, Donat-Sanche, devint vicomte de Lomagne[4], région du Lectourois. Il laissa lui-même la Lomagne à son troisième fils Odon I-Donat auquel succède son fils, Arnaud I-Odon, en 995, puis Arnaud II et enfin Odon II et sa fille Azivelle, qui sont cités dans les chartes de Saint-Mont comme donataires de divers biens de Courrensan.
Le fondateur de l’abbaye de Saint-Mont est Bernard II d’Armagnac Tumapaler, frère utérin[5] d’Odon II.
Ainsi, la famille de Lomagne possédait, hors la Lomagne et en Fezensac, à Courrensan, des droits féodaux sur un fief tenu par un vassal, Fort-Garcia de Sion-Luppé, au moment des chartes de Saint-Mont, tandis que l’abbaye, qui y possède une installation, en détient certains autres.

Les Lomagne-Fimarcon jusqu’en 1599
L’arrière-petit-fils du donateur, Odon IV, laisse à son second fils, Odon I de Lomagne seigneur de Fimarcon, vers 1190, ses divers droits sur Courrensan qu’il lègue lui-même à son second fils Odon II[6]. Odon III de Lomagne, son fils, donne, le 25 mars 1246, à Raymond VII comte de Toulouse, ses droits éventuels sur le Fezensac tout en se réservant Courrensan, Sos, et la moitié de Vic-Fezensac[7].
C’est donc la famille de Lomagne-Fimarcon qui construit la première tour carrée gasconne en pierres monumentales. Elle constitue le noyau de tous les développements extérieurs et est appelée maison forte dans les chartes de Saint-Mont : « domus de Correnzano » au xie siècle, mais est qualifiée de « château » dans le cartulaire blanc d’Auch en 1257[8].
En 1098, le comte de Fezensac, Astanove II, meurt à la croisade et laisse une fille qui se marie avec le comte d’Armagnac, Géraud III. Le Fezensac est alors unifié à l’Armagnac.
En 1274, le roi d’Angleterre reconnaît que Courrensan est du fief du comte de Fezensac[9]. Courrensan se trouve en fait à la limite de l’Agenais qui vient jusqu’à Montréal et à celle de l’Eauzan.
Bernard Trencaleon III, seigneur de Courrensan et petit-fils d’Odon III de Lomagne, laisse des traces importantes. Le 5 septembre 1291, il épouse Mathé, fille du comte d’Armagnac Géraud V[10]. En secondes noces, il épousera Allemande de Cazanove, dame de Montagnac[11].
En 1314, il devient seigneur de Fimarcon et rend hommage au roi d’Angleterre qui a reçu l’Agenais par le traité d’Amiens de 1279. En 1316, l’archevêque d’Auch donne fief en Courrensan[12] à M. de Fimarcon. Mais Bernard Trencaleon va trop loin en 1321, lorsqu’il lui rend aussi hommage pour Courrensan car le Fezensac est du roi de France depuis le traité de Paris de 1229 qui a dépossédé le comte de Toulouse. En conséquence, le sénéchal de Toulouse le fait citer et, sur son refus de comparaître, jeter quelques mois en prison[13], tandis que le roi d’Angleterre Édouard II donne l’ordre d’empêcher le sénéchal de saisir la forteresse[14].
Cet hommage vaut à Courrensan le financement de ses fortifications qui en font une petite bastide comprenant à l’est une double rangée de fossés, au nord une chemise constituant un mur d’enceinte enfermant une basse-cour, au sud une muraille face à l’Auzoue, et à la pointe ouest une tour dominant la plaine.
Lorsqu’en 1324 Bernard Trencaleon a détroussé un bourgeois de Toulouse, le roi de France le condamne à une forte amende[15].
Bernard Trencaleon meurt en 1337 et son fils Jean V de Lomagne lui succède sous la tutelle de sa mère, Allemande de Cazanove. En 1359, il fait partie de la Ligue formée par Jean d’Armagnac en faveur du roi de France. En 1362, il est fait prisonnier en compagnie du comte d’Armagnac par Gaston Phébus à la bataille de Launac. Il fait son testament le 12 novembre 1365 et meurt en Turquie à la croisade la même année.
Son fils Odet lui succède et se met au service de Charles V pour servir contre les Anglais avec soixante hommes d’arme. Il épouse Catherine de Ventadour, fille unique de Géraud de Ventadour. Il teste le 16 juillet 1378. En 1381, Jean II le fils de ce dernier hérite après avoir été sous la tutelle de sa grand-mère Géraude et de sa mère Catherine. En 1383, les hommes du comte d’Armagnac arrêtent un espion qui surveillait Courrensan pour préparer une action anglaise[16].
En 1397, c’est Géraud, frère de Jean II, qui vient à lui succéder. Il a pour héritier universel Odet II qui épouse, en 1427, Mathé-Rogue de Comminges. Il est nommé sénéchal d’Agenais pour Louis XI et combattra Jean V d’Armagnac.
En 1438, Rodrigue de Villandrando, chef de routiers, pille et menace la région.
Courrensan reste dans la famille de Lomagne-Fimarcon jusqu’à ce que, le 17 septembre 1478, Odet II le lègue à son troisième fils, Gilles, par ailleurs seigneur de Montagnac, près d’Agen, mais aussi de Peyborosse, Calinhac, Lamothe-Mauléon, Torrebren, Montagut en Armagnac, Astaffort, et baron des Angles en Bigorre. Il est marié à Madeleine de Voisins de Montaut.
Lui-même lègue Courrensan, le 2 mars 1505, à son fils François, sénéchal d’Armagnac, qui devient seigneur de Montagnac et de Courrensan et baron des Angles. Il épouse Jeanne de la Roche-Fontenilles le 28 avril 1502, à Castera près de Lectoure. Il eut neuf filles qui, après son testament, le 5 août 1524, furent sous la tutelle de Gabrielle de Fontenilles et de Bernard de Voisins, seigneur de Montaut.
La fille aînée, Françoise, dame de Montagnac, instituée héritière universelle, épousa Jean de Montpezat, sénéchal du Bazadais, seigneur de Tajan en Magnoac, et elle se convertit au protestantisme.
En 1569, le pays est ravagé par les combats entre Blaise de Montluc, chef des troupes royales, et Montgomery, chef des troupes protestantes qui s’emparent d’Eauze et de Condom[17].
En 1579, Rison, capitaine protestant, prend et pille le château[18], tandis qu’il occupe Valence.
La fille aînée, Françoise de Lomagne, dame de Montagnac, testa le 3 août 1581 en faveur de son neveu Jean de Comminges, seigneur de Roquefort, et de ses quatre nièces, filles de sa sœur puînée Catherine. Cette dernière avait épousé à Courrensan le 20 avril 1530, Mathieu de la Barthe, baron de Montcorneil et sénéchal d’Aure[19].
C’est ainsi que s’éteint la famille de Fimarcon dont la nécropole familiale était semble-t-il à la commanderie d’Abrin.

Les d’Astarac (1599-1677)
Un codicille en date du 16 août 1583 au testament du 3 août 1581 et une transaction familiale en date du 4 mars 1599 attribue Courrensan à Paule de la Barthe de Montcorneil, vicomtesse de Cogotois, dame de Montagnac. Celle-ci épouse un protestant en la personne de Michel d’Astarac, baron de Marestang et de Fontrailles. Ce dernier fera des dettes car le château est saisi pour dette, le 18 février 1608 et le 11 mars 1608, à la requête d’un sieur Jean Dellac pour 8 649 livres[20].
Le fils de Paule de la Barthe, Benjamin d’Astarac, baron de Marestang et de Fontrailles, sénéchal et gouverneur d’Armagnac, meurt en 1623 en laissant notamment Courrensan à son fils Louis, qui devient, lui aussi, sénéchal d’Armagnac et connaît une certaine notoriété pour avoir été mêlé à la conspiration de Cinq-Mars[21].
On ne sait si c’est en raison de la qualité du nouveau propriétaire, mais, en 1626, le vice-sénéchal d’Armagnac, Jean de Chastenet de Puysegur, ne cite même pas Courrensan dans son état des places fortes de Haute-Guyenne. Le duc d’Epernon l’avait chargé de cet inventaire afin de poursuivre la démolition des places fortes. Le vice-sénéchal cite Valence et Lannepax qui ont été « démolies depuis peu » et Vic pour avoir mal obéi au commandement de démolir en 1622. Il ajoute ses félicitations sur la manière exemplaire dont Eauze a été démolie pour n’avoir « laissé qu’une simple clôture de muraille de la hauteur d’une toise, ayant abattu la courtine, les défenses, les tours, jusqu’aux arceaux des portes et comblé les fossés. La citadelle de la dite a été aussi par lui démolie jusqu’aux fondements[22] ».
Le 26 juin 1641, Benjamin d’Astarac donne à bail la baronnie de Courrensan au noble Paul de la Roche, de Gimont, pour 1 550 livres tournois par an. La baronnie comprend : justice haute, moyenne et basse, terres, cours, vignes, moulin à eau et à vent, métairies, un étang dit du Tariquet avec moulin y joignant et divers droits féodaux et le château où Paul de la Roche est tenu de résider[23].
En 1652, les troubles de la Fronde atteignent Courrensan car les troupes royales s’installent à Gondrin et tiennent tout le pays jusqu’à Auch avec 12 000 chevaux. Elles sont commandées par le maréchal d’Harcourt comte d’Armagnac qui s’oppose à Conti pour le prince de Condé.
En 1653, la peste est là. La ville d’Eauze lui est abandonnée. Le 18 mai 1653, les consuls de Gondrin refusent l’entrée de la ville aux personnes suspectes,[24] mais en vain, entre ceux qui ont fui et ceux qui sont morts, sur 750 habitants, il ne reste qu’une quinzaine de personnes à la fin de l’année.
Gilbert Loubès signale du xve au xviiie siècle la présence de Crestias ou Cagots qui seraient d’anciens lépreux[25].
Les Rochechouart (1677-1751)
Sans descendance, Benjamin d’Astarac lègue tous ses biens par testament du 4 mars 1677 à son petit-neveu, Jean-Paul de Rochechouart de Barbasan, marquis de Rochechouart. Ce dernier meurt également sans héritier en 1696 et lègue ses biens à son ascendant le plus proche, qui se trouve être sa grande-mère ! Il s’agit de Marie de Rochechouart de Barbasan, veuve de Jean Phoebus de Rochechouart. Courrensan est immédiatement rétrocédé à sa fille Jeanne de Rochechouart qui épouse Jean-Jacques de Montesquiou Saint Araille cette même année 1696[26].
C’est la raison pour laquelle Jean-Jacques de Montesquiou Saint Araille rend hommage au roi de France au nom de sa femme le 10 juin 1677[27]. Mais, sans enfant une fois de plus, Courrensan est légué le 21 septembre 1713 par Jeanne de Rochechouart, après sa mort à Courrensan, où elle résidait donc, à sa sœur cadette et à son arrière-petit-neveu. Il s’agit d’Élisabeth de Rochechouart, marquise de Cardaillac d’Auzon, pour moitié, et de François Charles de Rochechouart, lieutenant général des armées du roi, pour l’autre moitié.
Ils le vendent tous les deux le 28 juin 1751 à Gérard Dupleix[28].

Les Dupleix (1751-1838)
Curieusement, pour une raison encore inconnue, Gérard Dupleix est déjà chevalier de Cadignan, lieu-dit de Courrensan, lorsqu’il achète la seigneurie. La seigneurie de Cadignan dépendait du comté de Gaure en Bigorre. Gérard Dupleix (1716-1773) descendait en ligne directe de Scipion Dupleix (1570-1661), conseiller du roi, lieutenant particulier assesseur criminel de Condom, historiographe de France[29].
Il est le fils de Charles Dupleix, écuyer, premier de sa famille à être qualifié de seigneur de Saint-Jean de Cadignan, et apparaît aussi comme le premier lieutenant général d’épée de Condom, charge créée par un édit royal en octobre 1703 pour commander la force publique en l’absence du sénéchal[30].
Gérard Dupleix, né à Condom, épousa le 14 juillet 1736 Serene de Secondat Laperche apparentée à la famille de Montesquieu. Il succède à son père dans la charge de lieutenant général d’épée tandis qu’il était déjà lieutenant général de la sénéchaussée et s’intitule lieutenant général de robe et d’épée. La famille possédait un bel hôtel sur la place devant la cathédrale. Il mourut à Courrensan le 22 septembre 1773 et sa femme à Condom le 27 décembre 1788 ; elle est ensevelie au cimetière Saint-Michel. Gérard Dupleix, l’acheteur de 1751, avait emprunté 12 000 livres le 28 mai 1752 à Antoine Gachies, bourgeois de Condom. Il transforme cet emprunt en rente de 600 livres par an le 25 janvier 1759 à Condom[31].
Charles Dupleix (ou du Pleix), fils aîné de Gérard Dupleix comte de Clarens, baron de Cadignan et Courrensan, seigneur d’Ensoulès[32], est né le 28 janvier 1738. Il fit des études chez les oratoriens de Condom et s’engage, à 18 ans, comme cadet gentilhomme au régiment de Languedoc dragons en garnison à Agen. Le 13 avril 1759, il est muté au régiment Talleyrand cavalerie avec le grade de capitaine en second. Le 1er décembre 1762 il devient lieutenant-colonel en second au régiment Royal Piémont en garnison à Rocroi puis, en 1763, chef de brigade des Gardes du Corps du roi de Pologne duc de Lorraine à Lunéville.
Il épousa, le 12 janvier 1765 à Paris, en l’église Saint Roch, Marie Charlotte Ollivier de Senozan (1749-nc), fille d’un richissime fermier général, receveur général des finances de la généralité de Lyon.
Le 3 janvier 1770, il est nommé colonel commandant la légion de Lorraine. Les archives de la famille Dupleix indiquent sa présence à Courrensan cette même année et il est accompagné de son frère Delphin, page de la reine. L’année suivante, il est décoré de la croix de Saint Louis. En janvier 1772, il est nommé gentilhomme de Mgr le comte de Provence, futur Louis XVIII. Le 30 juillet 1774, il est nommé à la charge de Premier fauconnier du comte de Provence devenu Monsieur frère du Roi.
Au décès de son père, Charles Dupleix fait hommage au roi de ses biens nobles le 9 mars 1774[33].
La légion de Lorraine ayant été affectée en Languedoc en 1775, Charles Dupleix établit son poste de commandement à Auch et fréquente plus souvent Courrensan.
Le 22 juin 1775, la commune de Courrensan s’oblige à payer à son seigneur 700 livres par an du fait de la concession des moulins de l’Auzoue, mais la convention fut annulée par arrêté du département en date du 26 pluviôse An V.
En 1776, c’est le notaire royal de Condom, Maître Pugens, qui assure ses intérêts. Le 16 décembre 1776, il établit le dénombrement des biens de la seigneurie de Courrensan[34] et le 31 décembre 1776 pour Saint-Jean de Cadignan[35].
Le 11 novembre 1776, Charles Dupleix est nommé colonel commandant le nouveau régiment d’infanterie agenois. Ce régiment est affecté à Saint-Domingue en 1777 et Charles Dupleix devient major général des troupes à Saint-Domingue où il meurt de la fièvre jaune le 20 juin 1779 à Cap Français.
Charles Dupleix menait sans doute grand train car il emprunte le 17 mai 1777, à échéance du 1er juin 1780 une somme de 22 000 livres à un conseiller du roi, Zacharie de Palerne[36].
Mais il ne rembourse pas et est condamné par un jugement du Châtelet à Paris du 12 août 1780. De même sa veuve est condamnée par le même tribunal les 28 mai 1782 et 12 juillet 1782 à payer 2 000 livres au , Lagarde, maître tailleur[37].
Lorsque la sénéchaussée de Condom délègue ses représentants aux États Généraux, le 9 mars 1789, quatre représentants de cette famille figurent au procès-verbal de réunion de la noblesse : le comte de Cadignan, capitaine de cavalerie, la baronne de Cadignan, Dupleix de Cadignan, chevalier de Saint Louis, et Mlle Dupleix de Cadignan, Ségresse de Bourgaon[38].
Au moment de la Révolution, le seigneur de Courrensan possède une maison de maître et des jardins, la métairie du Bourdieu, celle de Mounisset, celle de la Salle de Laugrue et celle de la Tuilerie. Il a en outre deux étangs, un vignoble considérable. Ces biens furent mis en régie en 1792 et affermés en 1793 pour un an moyennant 11 500 livres à Jean-Baptiste Espiet, de Marambat, sous le cautionnement de Joseph Couson.
Le 9 pluviôse An II le district adjugea au citoyen Jean-Marie Boubée de Condom le poisson des étangs de Courrensan pour 1 030 livres.
Parmi les 616 noms figurant sur la liste des émigrés du Gers, dont les biens de 329 d’entre eux firent l’objet de ventes, figure « Dupleix de Cadignan, propriétaire à Courrensan, major dans le régiment de Dragon-Orléans, premier fauconnier du roi[39] ». Il s’agit d’Anne Charles Guy Dupleix de Cadignan, né le 12 mai 1767 à Paris, qui épousera à Édimbourg Catherine Hunter.
Il en eut Charles Frédéric Louis né à Londres le 12 août 1797 et qui était lieutenant dans le 2e régiment des gardes d’honneur de Napoléon Ier, le 11 septembre 1813, et capitaine des lanciers de la garde royale le 11 septembre 1817, puis dans les dragons Garonne. Il participa à l’expédition d’Espagne en 1823 avec le duc d’Angoulême. Et il avait épousé également une anglaise, Ketty Sophie Trelawny. Il mourut en 1865.
À la Révolution, les biens des Ursulines de Gondrin à Courrensan furent déclarés biens nationaux, soit environ 75 ha et deux métairies (Mondaugé et Baradet). Un gros acheteur de biens nationaux, J. Mondin de Lauraët, sait en profiter[40].
Pendant l’émigration, la terre de Courrensan fut vendue avec les métairies de Loubescat, Lassalle, la Tuilerie, la Mounesse, le Moulin pour 486 555 francs. La mère de l’émigré, Charlotte Olivier Dupleix de Cadignan, racheta le tout, mais une nouvelle confiscation survint à la suite de son décès le 22 prairial An IV. Le château avec décharges, jardin et un petit champ attenant fut adjugé le 15 vendémiaire An VII au citoyen Lian, de Polignac, pour 100 francs, et avec la caution de Jean Laura. Puis il fut affermé pour trois ans le 20 frimaire An VIII à Guillaume Rivière de Courrensan, moyennant un loyer de 70 francs.
Au retour en France de l’émigré, ses biens lui furent restitués par un arrêté du préfet du Gers du 4 vendémiaire An IX. L’indemnité fut liquidée à 213 850 francs[41]. En outre et en application de la loi du 23 avril 1825 dite du « milliard des émigrés », la famille Dupleix reçu à titre d’indemnité une somme de 219 587 francs, ce qui représente la quatorzième plus importante indemnité sur les 274 accordées dans le Gers.
Notes
[1] Cartulaire de Saint-Mont (ordre de Cluny), Jean de Jaurgain et Justin Maumus, Champion et Cocharaux, 1904.
[2] J. J. Monlezun, Histoire de la Gascogne, Auch, 1846, et Lacomme reprint, 1987.
[3] Bibliothèque nationale, coll. Duchène, t.104 f°126.
[4] Jean de Jaurgain, La Vasconie, 1898, et Laffitte reprint, 1979.
[5] Frère de même mère.
[6] Ibid, t. II, p. 36.
[7] Ibid, t. II, p. 26 ; Archives nationales J 304 et 321 ; Monlezun, op. cit., t. II, p. 322 ; Devic et Vaissette, Histoire du Languedoc (Privat), t. VIII, coll. 1199-1201.
[8] Cartulaire blanc d’Auch, n° 36.
[9] Bibl. nat., coll. Duchesne, t.104 f°126.
[10] Archives départementales du Gers, E626.
[11] Près d’Agen.
[12] Archive Laplagne.
[13] Monlezun, op. cit., t. III, p. 194 ; Jaurgain, La Vasconie, op. cit., t. II, p. 40.
[14] Rôles gascons, Ed. II, 14e année, 26 mai 1321 (cité par Gardelles).
[15] CH. Samaran, La Gascogne dans les registres du trésor des chartes, n° 284, Bibl. nat., 1966.
[16] BSAG, 1er trimestre 1950 ; Arch. dép. du Tarn-et-Garonne, fonds d’Armagnac A 35 n° 5 ; Bibl. nat., coll. Doat, vol. 201 f°197. Il s’agit de la confession de Jean de Fossarias au comte d’Armagnac révélant que les Anglais d’Espiens projettent une attaque contre diverses places, dont Courrensan.
[17] Commentaires de Blaise de Montluc, livre VII.
[18] Scipion Dupleix, p. 82.
[19] O’Gilvy, Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, t. I, p. 240.
[20] Acte de Puystienne, notaire à Lannepax.
[21] Du nom de son instigateur, Henri Coëffier de Ruzé d’Effiat, marquis de Cinq-Mars, favori du roi Louis XIII, elle fut dirigée en 1642 contre Richelieu.
[22] Publié dans la Revue de Gascogne, 1899, p. 467 et 468.
[23] Bibl. mun. Auch, Daignan du Sendat, t. 71, copie de l’acte de Lasserre, notaire à Cadignan.
[24] Archives municipales de Gondrin ; BSAG 1909 p. 33.
[25] Gilbert Loubès, L’Énigme des Cagots, Éditions Sud-Ouest, 1995, p. 30. Voir aussi la page wiki : https://fr.wikipedia.org/wiki/Cagot.
[26] Père Anselme.
[27] Arch. dép. de la Gironde, C 4155.
[28] Arch. dép. de la Gironde, C 3384.
[29] Attestation de d’Hozier, Arch. dép. du Gers, I suppl. 212.
[30] J. Gardère, Histoire de la seigneurerie de Condom.
[31] Arch. dép. du Gers, E 54.
[32] Le château d’Ensoulès se situe à 5 km au sud-est de Condom.
[33] Arch. dép. de la Gironde, C 2346 f.90.
[34] Arch. dép. de la Gironde, C 2346 f 238.
[35] Arch. dép. des Pyrénées atlantiques, B 5588 f259.
[36] Arch. dép. du Gers E54.
[37] Id.
[38] Édouard de Louis de Laroque et Barthélemy, Catalogue des gentilhommes d’Armagnac et de Quercy, Laffitte, Marseille, 1982, reprint de 1862, p. 22 et 23.
[39] Yves Coustau, La vente de biens nationaux dans le Gers, biens de deuxième origine, Bouquet, Auch, 1967, p. 26 et 61.
[40] Yves Coustau, La vente des biens nationaux dans le Gers, biens de première origine, Cocharaux, Auch, 1962, p. 16 et 44.
[41] P. Lacave-Laplagne-Barris, Dictionnaire de l’émigration gasconne, Cocharaux, Auch, 1919.
1887 : Effondrement de la tour droite
Il est bon de noter à ce sujet un souvenir intéressant venant de M. DARROUX, instituteur à l’époque : « Mon prédécesseur logeait dans l’aile du château où se trouvaient aussi : la salle de mairie, au second étage ; la salle d’école de filles, au premier ; et la salle d’école de garçons au rez-de- chaussée, au-dessus de laquelle se trouvait le logement de l’instituteur. C’était un logement délabré et menaçant ruines ; aussi je ne voulus point l’occuper. Je louai un logement à une trentaine de mètres… Bien m’en prit, car un soir, vers minuit, par un superbe clair de lune, comme je rentrais de Lannepax, j’entendis tomber quelques pierres dans la cour réservée aux enfants. Je rentrai. Mais à peine étais-je dans ma chambre qu’un bruit effroyable se fit entendre et se répercuta dans toute la vallée de l’Auzoue qui était, malgré la clarté lunaire, littéralement obscurcie par des nuages de poussière. Je sortis dans la cour du château où bientôt presque toute la population du village se transporta. La tour parallèle à celle qui existe encore s’était détachée du corps du bâtiment principal, et des milliers de mètres cubes de pierres tombèrent soit dans le jardin du presbytère et presque sur la route, soit sur une énorme voûte décharnée, mais qui résista sans doute au terrible choc et supporta, sans dommage, le poids écrasant qui lui était tombé sur le dos. Cela nous donne une idée de la force de résistance des voûtes en plein cintre dans les constructions. »


Le château avant et après l’effondrement de sa tour droite
Tout le corps du bâtiment, muni de larges baies au nord et au couchant, a été remanié au XVIIIe siècle par le baron Dupleix de Cadignan et l’intérieur mis au goût du jour. Dans l’ensemble, cette bâtisse garde un caractère féodal en raison de sa situation sur un piton escarpé mais, par certains côtés, donne une impression de château de plaisance. Ce dernier aspect est aujourd’hui accentué, le dernier propriétaire ayant entrepris la restauration des toitures et le crépissage des murs avec un enduit très clair.
in : Courrensan jadis ou l’histoire d’un village gascon, 1980, Foyer rural edit, Courrensan




